30/11/2006Sans commentaire. (2)
Daniel Brühl in "Goodbye Lenin"
Elle avait raison. Goodbye Lenin, ou bas-les-masquesMars 2004. Cinéma ExCentris, Montréal.
Projection de « Goodbye Lenin ». Erik et Sylvie sont là. C’est bien un cinéma où manger est interdit. Pas de sgronch, sgronch, l’auto-hypnose y est plus efficace, voire même encouragée.
Je ne sais pas ce qui s’y est passé. Sorti dans un état quaternaire, les yeux mouillés. Pis fallait aller manger après, par dessus ça !
Je ne sais plus non plus ce que j’ai mangé. Ca devait probablement être bon.
Mai 2004, dans un trou perdu en Normandie, ma maman s’étiole dans son fauteuil. La première chose que j’ai faite en arrivant en France a été d’acheter le DVD de ce film. Une urgence urgentissime. J’écoute, je ne vois plus rien, je garde un espoir, pour deux, qu’elle va aller mieux, qu’elle va passer à travers tout ça, comme elle a su passer à travers tout le reste. Elle est forte ma maman.
Elle dans son fauteuil, moi sur une chaise. Le film est en route. Je la regarde du coin de l’œil, cherchant quelque chose, une réaction. Je ne veux pas déranger, je ne dis rien, je suis là, tout à côté. Le film fini, j’ai eu vite fait de reprendre un contrôle sur mes émotions, il faut pas qu’elle voit, ce sera à elle de parler, moi je n’ai plus les mots, pis de toute façon, ils ne serviraient à rien.
Je me lève, et viens m’approcher d’un ton badin « alors ce film, ça t’a plu ? J’te fais un thé ? ».
Elle me regarde, cherche ses mots « Il est vraiment beau ce garçon… » et elle part à pleurer.
Des sanglots comme ça, je m’en souviens encore. Tout y est passé, le cancer atypique, les médecins qui ne comprennent rien, la négation de la souffrance morale, et enfin j’ai vu quelque chose dans ces yeux là. La recherche de la protection, celle de sa maman à elle.
Cette fois-ci, je débalance. Je la sers dans mes bras, je veux lui offrir ma présence, probablement dérisoire par rapport à son besoin de consolation, abyssal. Je pars à brailler, pas besoin de faire semblant, enfin, après des mois de doute. « Maman, tu sais, mamy n’est plus là. T’as pas encaissé, hein ? Pis la psy à l’hôpital, tu vas la voir ? T’es sûre que tu ne veux pas. Ca pourrait t’aider à faire le ménage, Mais, bordel, tu vas passer combien de temps à attendre le « je t’aime » ; il viendra plus, fais la paix. » Et je la sers encore plus fort, trop effaré de ce que j’ai dit, ce que je pensais tout bas pendant deux ans, sans rien dire.
Le lendemain, elle a fait ce qu’elle avait décidé de faire : décrocher le téléphone, appeler la psy, prendre un rendez-vous. Je suis fier de ma maman, elle a compris que là, c’était plus fort qu’elle, inutile de se cacher, de feindre. Et elle y est allé.
En juillet, je la couvrais de lys blancs.
Un jour je le verrai autrement, ce film.
29/11/2006sans commentaire
Stefano Accorsi in "Fate ignoranti" OserOser.
Quelques lettres, rien d’extraordinaire, à la limite du trivial.
Mais c’est si difficile d’oser, bordel !
28/11/2006trop tard, enfin
Ses doigts orangés dardent et connaissent le But.
Le jade pectoral éclate sous la pression
Les pointes s'enfoncent en douceur
Je ne sens rien...
Trop tard jolie fleur
De ce que tu cherchais
Il ne reste que la Lumière
L'objet n'est plus là.
Les doigts poissés de rouge
S'éloignent et dégouttent 27/11/2006Voyageur Imprudent
Pour une fois, voyageur, sois imprudent et détourne toi de ton chemin. Bien qu'éveillé, sois comme le jour captif d'un filet de brouillard.
N'évite pas le jardin des coeurs égarés, là-bas, au terme de la mauvaire route ; là-bas où l'herbe est jonchée de fleurs rouges poussant à l'abandon, où des eaux mélancoliques sombrent dans la mer houleuse.
Longtemps, sans repos, tu as veillé sur le butin des années inutiles ; qu'il soit enfin dissipé ! Il te restera le triomphe désepéré d'avoir tout perdu.
Rabindranath Tagore in "La fugitive" 25/11/2006Revenir
Pas-à-pas, avancer dans la lumière du soleil ; se réveiller, tâter pour voir si tout est là, sentir l'air du dedans et du dehors, écouter les battements du coeur, mordre l'intérieur de la joue et goûter mon sang, et enfin aller voir mon tout dans un miroir.
Il y a eu avant, il y aura un après c'est certain ; mais le plus important et mon plus beau est maintenant.
Un sourire, l'odeur de la peau, douce comme de la soie, la lumière de l'Ange entr'aperçue..
Revenir à l'état naissant a tout fait sauter. Le maelström, le plasma où tout devient fusionné et informe. La poitrine ouverte, le coeur à nu, l'âme liquide et cristalline, larmes brûlantes et corrosives.
Me voilà, je suis bien là, ... enfin.
Me laisser encore un peu de temps pour m'étirer, prendre un respire profond et sincère, et avancer.
24/11/2006AïkuLeft at home,
Locked in a chest,
That scoundrel love
Has grasped me again.
*
Prince Hozumi Impression fugace mais profondeCe soir je ne me suis pas épargnée
Toute ma vie j'ai raconté
Comme si ça ne se voyait pas
Que la pudeur en moi n'existe pas
Ce soir au rythme de mes fantaisies
J'vous ai fait partager ma vie
En rêve ou en réalité
Ça n'en demeure pas moins la vérité
{Refrain 1:}
Mais moi je ne suis qu'une chanson
Je ris je pleure à la moindre émotion
Avec mes larmes ou mon rire dans les yeux
J'vous ai fait l'amour de mon mieux
{Refrain 2:}
Mais moi je ne suis qu'une chanson
Ni plus ni moins qu'un élan de passion
Appelez-moi marchande d'illusions
Je donne l'amour comme on donne la raison
Ce soir je n'ai rien voulu vous cacher
Pas un secret j'ai su garder
Comme si ça ne se voyait pas
Que j'avais besoin de parler de moi
Ce soir je ne me suis pas retenu
Je me suis montrée presque nue
Sur une scène trop éclairée
J'aurais du mal à me sauver de moi
{au Refrain 1}
{au Refrain 2}
{au Refrain 1}
Ginette Reno "je ne suis qu'une chanson"
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Hier, je l'avais dans la tête, c'te chanson. Impossible d'en sortir.
Je joue avec, je vocalise, je la chante, je laisse les mots rouler à l'intérieur, derrière le nombril ça vibre, la chaleur remonte vers le coeur et dans les yeux, je m'ouvre...
Restaurant avec Julie, mon amie ébeniste, la femme de ma vie si j'avais été hétéro.
Sur la table sont étalées les photos que j'ai prises de Tomáš.
Pas besoin de me tirer les vers du nez, je suis transparent ; je regarde mon géant sur le papier, j'ai les yeux mouillés, je me dissous dans son sourire.
Julie me regarde et me dis "t'es incroyable toi. Si il y avait une chanson pour te décrire, ce serait celle de Ginette Reno "je ne suis qu'une chanson", t'es pareil !".
Et v'lan. Je suis vraiment transparent. A moi de lui dire que tout ça est bien étrange, car j'ai eu cette toune là dans la tête toute la journée sans pouvoir en sortir (sic!).
Je lui parle de Tomáš, comment on s'est rencontré et tout le reste. Je lui parle du message que je lui ai envoyé la veille, un message très clair, sans circonvolution, en anglais et en allemand pour être entendu au mieux ; je ne le connait pratiquement pas, on peut utiliser internet, webcam ou téléphone pour pouvoir se parler, et je peux même aller à Prague quelques jours, y réserver une chambre d'hôtel, et le voir ; peut-il m'accorder du temps?
Après 36h, pas de réponse. Je vais lui laisser encore quelques jours (et si il n'a pas le temps de lire ses mails, et si il est débordé au boulot, et si et si, mais peut-etre...). Après on verra. Ca sent juste mauvais cette affaire là. De toute façon je ne peux pas me mettre dans sa tête, alors...
Je sens déjà dans le tréfond que je vais frapper un mur, si beau soit-il, mais un mur. Mais il faut le vivre, alors, allons y!
23/11/2006Pas de retour en arrière possibleCède, Ô bougeon, cède!
Laisse ton coeur éclater enfin!
L'esprit de l'épanouissement sur toi s'est rué.
Peux-tu rester bourgeon encore?
R. Tagore in "La fugitive"
Finalement, peu importe l'issue de l'histoire avec Tomáš.
J'ai passé le seuil irreversible du changement.
Plus rien ne peut être comme avant.
Je le voudrais pour moi tout entier, mais probablement ne sera-t-il que la flamme primaire, détruisant les scories du passé dans un feu de joie, la Purification avant autre chose, avant l'inconnu.
20/11/2006inutile
" Lorsqu'on s'est bien mis dans la tête qu'une fois qu'on est amoureux, on devient vulnérable, on frémit à l'idée d'avoir quotidiennement vécu dans l'ignorance de cette vérité "
Y. Mishima in "les Amours interdites" Retour de Prague. Et plus dure est la chute.Lundi, 5h du mat'
Le décalage horaire en pleine face, la bouilloire est en route pour un thé fumant au futur imminent.
Pas bien dormi. Le chat ne m'a pas vu pendant 16 jours alors il est dans le 36-15-J'existe. Et les ronrons et les câlins, et le sniffage dans l'oreille, histoire de me dire "tu vois, tu ne dors pas, alors fais moi des câlins".
Ben, non!
Les câlins, ceux qui me manquent et ceux que j'aimerais offrir, je les ai mis dans une boite pour lui, Tomáš (= Tomach). Tout ça devait m'arriver, le tas d'amadou en attente d'un étincelle.
36h passées ensemble, dans le lit dans la chaleur des corps, sous la douche, puis dans le lit, puis dans la rue, puis dans le métro, puis dans ce restaurant, puis dans le rue, puis dans le métro, puis dans le lit...
L'envie de se dissoudre dans son corps, de se vaporiser et d'entrer par tous les pores de sa peau.
Mais il a fallu se quitter ; et là, on a fait comme on a pu. Peut-être a-t-il su être grand pour deux, prenant une certaine distance dans la dernière heure, celle qui tue, pour se protéger et pour me protéger. Un seul regard de lui et je partais à brailler.
Il m'a laissé du poison : sa photo dans un cadre, avec le "I love you" bien clair et découpé, la date et sa signature, ainsi qu'un petit chien en peluche, extrêmement doux, imprégné de l'odeur de sa peau, une peluche qui avait servi, et pas de celle achetée à la sauvette, sans âme. Même sans tout ça, j'étais déjà perdu. Premier contact physique, il est venu enfouir son visage dans le creux de mon cou, là où il fait chaud, dans la boite où nous nous sommes rencontrés. Pas besoin de carte de visite, je suis devenu déliquescent.
Maintenant, je suis amoureux, vulnérable, et j'ai peur. 02/11/2006Jour J-2
Vendredi Montréal, samedi matin Prague
Ca va saigner
Fini de rire
héhéhéhh 01/11/2006Daniel Bélanger, à fleur de peauIl pleut des années liquides
Sur tes joues deux continents
L'amour nous fait translucides
Ton nez joue à l'océan
Ton corps est un millénaire
Et mes yeux un trajet lumière
Tes cheveux font des anguilles
Sur mon coeur qui n'est plus rien
Qu'une horloge sans aiguilles
Une misère s'en ferait du bien
Tu habites un projectile
Qui s'éloigne et moi je suis immobile
Sentir ta main sur ma joue
Ne pas la perdre comme on perd tout
Les temps sont fous
Aide-moi
Pour que demain s'empare de nous
Souffle, souffle dans mon cou
Les temps sont fous
Aide-moi
Sentir ta main sur ma joue
Souffle, souffle dans mon cou
Que vents emportent les temps fous
D. Bélanger, "les temps fous"
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